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Pierre Barbier, Directeur AGEFOS PME Pays de la Loire / Poitou-Charentes
Les Opca répondent de plus en plus à «une demande collective»
Dépêche AEF n° 141155 - Nantes, vendredi 26 novembre 2010
Des contrats de professionnalisation qui reprennent leur progression, après une chute de 16 % en 2009, deux projets déposés dans le cadre de l'appel à projets territoriaux du FPSPP (Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels)… Pierre Barbier, le directeur d'AGEFOS PME Pays de la Loire / Poitou-Charentes, fait le point pour AEF sur l'actualité de l'Opca interprofessionnel et inter-branches. Il aborde aussi la question du projet de prélèvement de 300 millions d'euros par l'État sur la trésorerie du FPSPP, qu'il voit comme « une ponction exercée au profit des publics éloignés de l'emploi » pris en charge par l'État mais aussi, de plus en plus, par les Opca. Ainsi, selon lui, les organismes collecteurs pourraient ne pas être totalement écartés de l'utilisation des fonds prélevés sur le Fonds paritaire.
AEF : AGEFOS PME Pays de la Loire / Poitou-Charentes vient de publier un document qui fait le bilan de la professionnalisation en 2009. Quelles sont les tendances fortes de ce bilan ?
Pierre Barbier : En matière de professionnalisation, 2009 a été une année un peu particulière. Nous avons enregistré une baisse importante du nombre de contrats de professionnalisation, de l'ordre de 16 %, mais une augmentation considérable des périodes de professionnalisation (en progression de 70 %) et du DIF (droit individuel de formation), qui a progressé de 21 %. Ces chiffres s'expliquent par les difficultés rencontrées par un certain nombre d'entreprises, notamment dans les secteurs de l'immobilier, du nautisme et du caoutchouc. Les entreprises qui n'embauchaient pas ont profité de cette période de relative inactivité pour faire de la formation, soit au titre du plan de formation, soit en utilisant le DIF ou les périodes de professionnalisation.
AEF : Quels financements cela représente-t-il pour vous ?
Pierre Barbier : En 2009, AGEFOS PME Pays de la Loire / Poitou-Charentes a collecté 12 millions d'euros au titre de la professionnalisation, et a bénéficié de 10 millions d'euros au titre de la péréquation. Les possibilités de financement ont été importantes, car les fonds non utilisés pour les contrats de professionnalisation ont pu être utilisés pour le DIF ou les périodes de professionnalisation. Cela nous a permis de financer des périodes de professionnalisation relativement longues, qui ont pu déboucher sur des certifications ou des qualifications.
AEF : Comment les choses ont-elles évolué en 2010 ?
Pierre Barbier : Pour 2010, la situation est différente : nous observons une reprise de la progression des contrats de professionnalisation, grâce à une activité économique beaucoup plus favorable que dans l'est de la France, par exemple. Autre nouveauté : l'apparition de dépenses nouvelles pour nous, avec la prise en charge des CTP (contrats de transition professionnelle) et des CRP (conventions de reclassement personnalisées), représentant deux millions d'euros pour 2010. Avec le CTP, nous avons un public de demandeurs d'emploi, alors que notre « métier » traditionnel concernait plutôt les salariés d'entreprises. On voit ici l'évolution qu'introduit la réforme de la formation professionnelle : nous allons davantage vers des publics du type demandeurs d'emploi.
AEF : Que pensez-vous de la ponction de 300 millions d'euros que l'État veut opérer sur la trésorerie du FPSPP dans le cadre de la loi de finances pour 2011 (AEF n°140721) ?
Pierre Barbier : Cette intervention est exercée au profit des demandeurs d'emploi, ou des publics éloignés de l'emploi. La destination de ces fonds va donc s'élargir à un public différent du public traditionnel des Opca. Or, le FPSPP oriente ses fonds vers les publics en difficultés. Je ne suis donc pas sûr que la ponction de l'État écartera les Opca de l'utilisation de ces fonds, car le public auquel nous allons nous adresser est désormais plus large, et les besoins sont importants. Dans ce nouveau schéma, nous ne sommes plus tournés vers nous-mêmes et vers notre propre développement, mais vers une demande collective.
AEF : Quels projets déposez-vous au titre de l'appel à projets territoriaux du FPSPP ?
Pierre Barbier : Nous avons déposé deux projets dans le cadre de l'appel à projets territoriaux du FPSPP. Le projet Innov'compétences est construit en partenariat avec Opcalia (1), l'État, et le conseil régional des Pays de la Loire, et s'inscrit dans la continuité de l'expérimentation sur le conseil en évolution professionnelle, menée par la région et le Fongecif (AEF n°132728) et (AEF n°126129). Ce projet vise à « accompagner les entreprises dans l'analyse de leur situation et la définition de nouvelles stratégies en lien avec l'innovation, mobiliser l'entreprise sur les impacts RH de l'innovation et la nécessité d'y préparer l'ensemble des salariés, et permettre aux salariés de maîtriser de nouvelles compétences liées aux processus innovants mis en œuvre». Pour mener à bien ce projet, nous travaillons de plus en plus en réseau. Il s'agit de mettre en place des financements croisés, pour proposer du conseil aux salariés. C'est assez nouveau pour nous car, jusqu'à présent, nous faisions surtout du financement.
AEF : Le deuxième projet est mené dans la région Poitou-Charentes…
Pierre Barbier : Oui, le deuxième projet déposé dans le cadre de l'appel à projets du FPSPP est mené en partenariat avec le Fongecif, Opcalia, l'Aref BTP et la région Poitou-Charentes. Il fait suite à une action déjà menée il y a deux ans pour identifier les besoins en formation des entreprises. Le projet que nous avons déposé concerne les salariés de plus de 45 ans. Les quatre Opca vont réaliser des diagnostics dans 120 entreprises de la région. Nous essaierons ensuite de voir comment croiser les financements, dans un cadre de concertation entre les salariés, les entreprises et les Opca. Il s'agit de faire coïncider les besoins des entreprises et des salariés avec les capacités de financement des Opca. AGEFOS PME Pays de la Loire / Poitou-Charentes expérimente déjà ces financements croisés pour les périodes de professionnalisation des salariés de plus de 45 ans : les coûts pédagogiques sont pris en charge par AGEFOS PME, tandis que le Fongecif finance les salaires. Nous ne sommes plus sur des publics différents ; nous avons des objectifs communs, sur des publics communs. On retrouve là la volonté des partenaires sociaux dans la mise en place du DIF : il s'agit de faire des choix concertés sur les formations mises en œuvre.
(1) Opcalia est également un organisme collecteur interprofessionnel et inter-branches disposant, comme AGEFOS PME, d'un réseau régionalisé.
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Association pour la GEstion de la FOrmation des Salariés des Petites et Moyennes Entreprises