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Le tutorat dans l’entreprise : une ressource qui parfois s’impose


Durée de carrière professionnelle et vie au travail sont des thèmes dont il est beaucoup question. Mais comment gérer ces secondes parties de carrière et les valoriser, si ce n’est en leur donnant de l’importance dans l’entreprise, pour celle-ci, bien sûr, mais aussi pour le salarié. Le tutorat s’impose de plus en plus comme étant une réponse et un outil de gestion des ressources humaines, y compris pour fidéliser les nouvelles personnes embauchées.

L’accueil d’un nouveau salarié est une étape essentielle, beaucoup de choses se jouent dans les toutes premières semaines. Un accueil personnalisé par une personne identifiée peut permettre une bonne intégration. C’est le rôle du tuteur qui devra transmettre la culture de l’entreprise, apprendre les savoir-faire spécifiques de l’entreprise et fidéliser ce nouveau salarié. Dans un secteur où les recrutements sont difficiles, l’enjeu du tutorat est de taille.

L’entreprise Cosme, entreprise de charcuterie, située au Mans, emploie cent vingt personnes. Les recrutements sont laborieux dans ce secteur de l’agroalimentaire et la fidélisation des nouveaux embauchés est un enjeu de taille : « Nous ne parvenons plus à embaucher de personnes formées et motivées, plus personne ne veut entrer dans nos métiers, explique Madame Cosme, directrice générale de l’entreprise, et c’est d’autant plus grave que certains de nos salariés partiront en retraite dans les années à venir. Nous nous trouvons donc dans un contexte d’urgence où il nous faut fidéliser tout nouveau salarié et lui transmettre le savoir-faire maison. Mais un très bon professionnel ne sait pas forcément transmettre son savoir, d’où la nécessité de former, parmi eux, des tuteurs ».

Avec le concours de l’AGEFOS PME, deux tuteurs ont pu être formés par la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) du Mans dans le cadre d’une Formation ouverte de tuteurs (FOT). La formation s’étale sur quarante heures. Les séances de formation en regroupements pédagogiques sont combinées avec des visites individuelles réalisées par le formateur de la CCI dans l’entreprise et un suivi à distance par internet ou téléphone. Un outil intitulé « tableaux de bord du tuteur » synthétise le socle de cette formation. Utilisés par chaque tuteur, en dehors des séances collectives de formation, les tableaux de bord abordent l’ensemble des missions tutorales et accompagnent le tuteur dans la réalisation de ses missions au sein de l’entreprise.

À ses compétences professionnelles, le salarié va ajouter des compétences pédagogiques. Il devra comprendre la spécificité de sa fonction tutorale, analyser les différents métiers de l’entreprise, intégrer des techniques de communication, apprendre à coordonner les différents acteurs de l’entreprise et enfin élaborer et organiser des modalités d’évaluation pour les personnes dont il sera le tuteur. Les deux professionnels formés n’exercent pas seuls leur fonction de tutorat, ils s’appuient sur les « référents savoir-faire ». Ceux-ci sont environ on en compte une vingtaine dans l’entreprise Cosme et sont représentatifs de chaque métier de l’entreprise. Car des métiers, il y en a beaucoup : le désossage, la découpe, la cuisson, la mise en pot artisanale des rillettes, la transformation, le conditionnement, la livraison, etc.

 

La quarantaine : l’âge propice pour la formation de tuteur

Les deux tuteurs ont commencé leur formation au printemps 2009 et ont obtenu en juin 2010 le titre de tuteur délivré par la CCI, ainsi que celui de Maître d’apprentissage. Pendant toute cette période de formation, ces deux personnes ont acquis beaucoup d’assurance et le fait de suivre la formation à deux, en même temps, les a rapprochés et consolidés dans leurs acquis progressifs. Âgés de 40 ans pour l’un et de 42 ans pour l’autre, ils ont respectivement 18 ans et 7 ans d’ancienneté dans l’entreprise. L’un est charcutier, spécialisé en transformation et le second a une formation de boulanger et est responsable des commandes et des expéditions. D’où l’importance des référents savoir-faire sur qui ils s’appuient, leur permettant ainsi d’optimiser leur fonction d’accompagnement et de coordination entre les différents salariés et de transmission de la culture d’entreprise. « La quarantaine, c’est l’âge propice à la formation de tuteur, estime Madame Cosme, cela s’intègre tout à fait dans la gestion des secondes parties de carrière. Après 50 ans, c’est trop tard, les personnes ne sont plus assez motivées. Devenir tuteur est enrichissant pour le salarié, c’est davantage de crédibilité par rapport aux autres salariés, et tout un regain de motivation pour leur seconde partie de carrière ».

Les documents réalisés au cours de la formation constituent les outils de base. Les deux futurs tuteurs doivent y décrire chaque métier : « Cette étape est très importante, car les personnes en formation de tuteur réalisent la complexité des métiers de leur entreprise, souligne Stéphane Bellanger, conseiller en formation de l’AGEFOS PME. Cette complexité donne une valeur ajoutée en termes de valorisation des métiers ».

 

Transmettre aussi la culture de l’entreprise

Pour cette entreprise, l’enjeu de la transmission des savoir-faire est essentiel. D’une part, pour maintenir la qualité des produits réalisés de façon artisanale et, d’autre part, pour assurer la transmission de sa culture. Une culture plutôt familiale pour l’entreprise Cosme, où les salariés sont tenus au courant de la stratégie de l’entreprise, des résultats, des chiffres d’affaires et où ils bénéficient de contrats de participation et d’intéressement. Mais aussi une culture marquée par une démarche de développement durable. Pour limiter les transports, les porcs proviennent des départements limitrophes et les approvisionnements en lait et œufs également. La chaleur des fours est récupérée pour chauffer l’eau, le tri des déchets est sélectif et la gestion des eaux usées très réglementée.

Le tutorat, Madame Cosme tient vraiment à le poursuivre, encore faut-il imaginer et mettre en place des modalités de recrutement de nouveaux salariés. L’entreprise est partante pour engager deux nouvelles personnes en apprentissage chaque année. Pour Stéphane Bellanger, il y a des possibilités : « En septembre, la CCI du Mans ouvre un Certificat de qualification professionnelle (CQP) de désosseur, des tests de recrutement seront organisés par la CCI et Pôle emploi, cela devrait permettre l’entrée de nouvelles personnes dans le secteur ». Avant cette nouvelle perspective, les deux tuteurs recevront le Certificat de compétence en entreprise (CCE) en septembre 2010, qui valorise les compétences tutorales mobilisées dans leur entreprise. C’est l’utilisation effective des tableaux de bord, conçus par les futurs tuteurs et les formateurs, qui constituera l’essentiel de la validation du CCE.

Dominique Lombardini, Carif-Oref

Contact : Stéphane Bellanger, AGEFOS PME, 02 41 49 14 40

 

 

Publiée le : 26/10/2010

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